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L’institut Pasteur à Alger

INSTITUT PASTEUR d’ALGER.

 

Historique de l’Institut Pasteur d’Alger.

L’Institut Pasteur d’Alger fut créé en 1894, sur l’initiative des Docteurs J. B. TROLARD et H. SOULIE. Il avait pour mission au départ, d’assurer le traitement antirabique des personnes mordues

En l’an 1900, l’Institut Pasteur de Paris détacha à Alger une mission permanente, dirigée par les frères Edmond et Etienne SERGENT, pour vérifier les hypothèses émises par le Docteur Alphonse LAVERAN sur l’agent du paludisme.

Conformément aux conclusions de la mission, fut créé le 31 décembre 1909, l’Institut Pasteur d’Algérie, né de la fusion entre cette mission et l’Institut Pasteur d’Alger.

L’Institut Pasteur d’Algérie fut considéré comme un Institut d’Outre-mer, rattaché à la maison-mère et placé sous la tutelle des autorités coloniales locales, à la suite d’un contrat signé entre C. JONNART, gouverneur général de l’Algérie et l’Institut Pasteur de Paris dirigé par le Docteur Jean ROUX.

Ce contrat définit l’Institut Pasteur d’Algérie comme « le centre de recherches scientifiques d’après les méthodes pasteuriennes » auquel est confié « l’étude des maladies virulentes de l’homme, des animaux et des plantes intéressant l’Algérie et les pays de l’Afrique du Nord, l’enseignement des méthodes micro biologiques, l’organisation et la direction de tous les travaux, missions et études scientifiques se rapportant aux recherches micro biologiques ou intéressant la santé publique en Algérie ».

La direction de cet Institut fut confiée au Docteur Albert CALMETTE (de 1910 à 1912) ,  puis au Docteur Edmond SERGENT (de 1912 à 1962). L’action de cet établissement, limitée tout d’abord au service antirabique, s’étendit bientôt à la préparation des sérums et vaccins, à l’organisation du service antipaludique, et d’une façon générale, à l’étude de la pathologie algérienne.

 

Contre les maladies

D’après les frères Sergent, deux Pastoriens, pour endiguer le paludisme,   la « quininisation » systématique des porteurs de germes était le seul moyen de stérilisation du réservoir de virus. C’est pourquoi il fut décidé une méthode de distribution de la quinine à tous les habitants d’une localité « fiévreuse ».

Pour beaucoup d’autres maladies, l’action de l’Institut Pasteur rendit des services irremplaçables avant l’ère des antibiotiques : sérothérapie du typhus, de la poliomyélite et vaccination antityphoïdique.

Les frères Sergent avec Parrot, Donatien et Béguet étudièrent le « bouton d’Orient » ou « clou de Biskra » ; Ils apportèrent la preuve que c’est la piqûre d’un moucheron nocturne, le phlébotome qui provoque ce bouton par inoculation de leishmania.

Le départ massif des cadres français en 1962 , contraint l’Institut Pasteur d’Algérie à arrêter momentanément ses activités scientifiques. Le Docteur BEGUET assurera l’intérim jusqu’au mois d’avril 1963.

 

Contre les maladies du palmier et des animaux.

Sergent et Bégué déterminèrent l’agent causal du « bayoud », maladie du palmier, un champignon se propageant dans le stipe. Ils remplacèrent les palmiers malades par une variété reconnue naturellement résistante.

L’Institut Pasteur reconnut l’agent de la piroplasmose transmise par les tiques et qui frappait les bovins d’ictère. Il proposa un vaccin préventif efficace. D’autres vaccins protégèrent, chevaux, mulets et ânes contre la lymphangite cryptococcique et les chèvres contre la brucellose (fièvre de Malte des humains)

Plus importante encore avait été la vaccination contre la clavelée, maladie du mouton. De 1913 à 1914, 28 millions de doses furent fabriquées, dont une partie fut fournie à plusieurs pays étrangers.

Dans le Sud, dès 1902 les frères Sergent avaient démontré que le « débab » du dromadaire était provoqué par un hématozoaire et transmis par la piqûre des taons dans le bled, des stomoxes dans les fondouks. Ils l’avaient combattu avec succès par chimiothérapie et par mesures préventives.

Le Maréchal Franchet d’Espérey pourra déclarer aux fêtes du Centenaire en 1930 : « la lutte contre la malaria aura été le chef-d’œuvre colonial en Algérie »

En 1962, nous pouvions affirmer que le paludisme n’était plus un fléau, mais seulement un souvenir 

 

 

 

Un marécage

Histoire d’un marais algérien

« La vocation agricole de l’Institut PASTEUR d’Algérie s’était concrétisée à partir de 1927 par une démonstration pratique ayant valeur de symbole.

« L’histoire d’un marais algérien » écrite par les frères SERGENT est le plus beau des romans. Un domaine de 300 hectares acquis dans un site mitidjien réputé malsain encore, près de Birtouta, aux Ouled Mendil, allait permettre d’appliquer à la lettre les directives du Dr ROUX « prendre une terre inculte rendue inhabitable par le paludisme et montrer que, grâce aux méthodes prophylactiques modernes, on peut  d`emblée cultiver ces terres et y vivre en bonne santé »

On laissa un quart d’hectare en son état primitif comme témoin de ce qu’il y avait avant la colonisation française ; on assainit tout le reste par de judicieux drainages ; on planta 26 000 arbres ; on usa de tous les moyens de défense et de prévention, tant pour les autochtones sur place que pour les Européens venus y résider : les uns et les autres obtinrent des cultures fécondes et un cheptel magnifique.

Ainsi, ce marais métamorphosé, microcosme de notre agriculture algérienne sur fond de souffrances et de morts, était-il parvenu au prix d’immenses efforts conjugués, obstinés et intelligents, à un véritable chef d’œuvre.

 

L’Institut Pasteur d’Algérie a été amené à s’occuper de questions pathologiques non microbiennes et de questions d’ordre économique.

Pathologie non microbienne.

L’expérience a prouvé :

1° – que des cas d’intoxication, causés par l’ingestion de cailles « vertes » (du printemps) étaient dus aux graines de ciguë dont s’étaient nourris les oiseaux, alors que les cailles de « chaume » de la migration automnale, au retour d’Europe n’étaient pas toxiques.

2° – qu’une quantité appréciable de vitamines antinévritiques B1 est conservée dans le riz étuvé.

3° -que la décoction de thé noir contient une substance toxique causant une véritable toxicomanie chez les populations indigènes d’Afrique du Nord.

Questions d’ordre économique.

1° – Hygiène rurale : le meilleur résultat pour obtenir des fosses à fumier sans mouches est obtenu  par la construction de fosses double à fonctionnement alternatif, à fermentation anaérobie.

2° – Rouissage des textiles : pendant la seconde guerre mondiale l’I.P. a improvisé la fabrication d’une excellente ficelle avec des tiges de lin ayant servi à la production de graines.

Il a également préparé, avec l’alpha une pâte pour fabriquer du papier d’emballage et des tissus grossiers.

3° – Duvet des chèvres rouges  du Sahara : l’I.P a montré que le duvet hivernal des chèvres rouges du Sahara, peut être filé et tissé pour donner des tissus analogues au châle de Cachemire.

 

 

L’Institut Pasteur d’Alger s‘illustre par les recherches d’Alphonse Laveran sur la transmission du paludisme dont il découvre l’hématozoaire. Il reçoit le prix Nobel de médecine en 1907.

Calmette a pu dire : « L’œuvre de Laveran apparaît aujourd’hui comme la plus importante en médecine et en hygiène après celle de Pasteur »

 

 

 

 

 

Les docteurs de l’Institut Pasteur, avec de nombreux collaborateurs, entreprirent de vastes études sur l’étiologie et le traitement des maladies algériennes, humaines, animales et végétales, en étroite liaison avec les médecins du bled ainsi que les vétérinaires et les agriculteurs, dans cet esprit de coopération polyvalente si développé chez tous ceux qui oeuvrèrent en Algérie.

On aura une idée de l’activité de l’Institut par le nombre de ses publications : 2276 titres.

 

Le  Gouverneur Général Théodore Steeg a condensé en 1926, en une brève formule, le programme assigné à l’activité de Institut Pasteur : « Asile de réflexion et d’expérience où la science se crée, où la science s’enseigne, où la science s’applique ».

 

Institut Pasteur d’Alger (Jardin d’essai)

 

 

                 

 

La Prémunition

L’Institut Pasteur a tiré de l’ensemble de ses recherches expérimentales une théorie qui intéresse à la fois la biologie générale et la médecine : la théorie de la Prémunition. A côté de l’immunité « vraie » que procure une première attaque de certaines maladies infectieuses (rougeole, scarlatine etc.) il distingue une autre forme de résistance acquise qu’il a désignée sous le nom de « Prémunition » et qui est caractérisée par le fait qu’après certaines autres maladies infectieuses (paludisme, piroplasmose, tuberculose, syphilis ) l’organisme ne résiste à une nouvelle contamination que tant qu’il héberge encore des microbes.

 

Assainissement de la Mitidja,

En 1830, près d’ALGER, la MITIDJA était une plaine marécageuse, inculte, infestée de moustiques (anophèles notamment) qui propageaient le paludisme. Cette maladie décimait la population indigène, misérable et souffreteuse.

L’armée, les médecins, le personnel médical, les religieux (Pères Blancs) puis nombre de ressortissants courageux et un peu aventuriers, aidés d’autres déracinés (Espagnols, Italiens, notamment), ont drainé cette plaine inhospitalière. Plus tard, ils ont creusé des canaux pour évacuer les eaux stagnantes. Ils ont planté d’importantes quantités d’eucalyptus qui ont pompé les eaux croupies tout en purifiant l’atmosphère. Ils ont introduit une variété de poissons (les gambouses) qui se nourrissaient des larves de moustiques dans les plans d’eaux que l’on ne pouvait évacuer. Ils ont ainsi assaini cette plaine.

Ainsi, cette pauvre Mitidja, créée par nos aïeux au prix de leur sueur et de leur sang, exploitée et entretenue par nos soins, est devenue cette magnifique région, luxuriante, riche, généreuse.

Il  en a été de même pour les autres régions marécageuses (Bône, Oran)

C’est là un des aspects de la présence française en Algérie.

 

Henry Foley

Henry Foley poursuit pendant 35 ans ses travaux scientifiques à la tête des laboratoires sahariens de l’I.P. à Alger et à Beni Ounif.

Il va continuer l’œuvre pédagogique, en formant jusqu’en 1955 tous les médecins appelés à servir dans les Territoires Sahariens, grâce au stage à l’I.P. d’Alger, stage qu’il a institué dès 1918.

Chronologie 

 

1894 Organisation d’un Institut Pasteur à Alger par deux professeurs de l’Ecole de Médecine : B. Trolard et H. Soulié, assurant le traitement antirabique, la vaccination antivariolique et la lutte antipaludique.
1900 Deux médecins élèves de l’I.P. de Paris, les frères Sergent, nés dans le Constantinois étaient envoyés à Alger en mission permanente.
1902 Dans le Sud les frères Sergent démontrent que le « debab » des dromadaires est provoqué par un hématozoaire et transmis par la piqûre des taons.
1907 Alphonse Laveran reçoit le Prix Nobel de Médecine.

Ed. Sergent et H. Foley découvrent le rôle du pou dans la transmission du typhus.

H. Foley crée  à Beni Ounif un laboratoire qui deviendra en 1911 « Laboratoire Saharien de l’Institut Pasteur d’Algérie »

1910 Le Gouverneur Général Jonnart confie la direction de l’Institut Pasteur d’Algérie au Dr Albert Calmette pour « l’étude des maladies virulentes et contagieuses de l’homme, des animaux et des plantes »
1912 Le Dr Edmond Sergent est nommé directeur jusqu’en 1962.
1913-1914 L’I.P. fournit 28 millions de doses de vaccins contre la clavelée (maladie du mouton)
1914 L’I.P. crée le vaccin triple contre la typhoïde et les paratyphoïdes appelé plus tard T.A.B.
1914-1916 Ed. Sergent expérimente un micro-organisme, isolé par F. d’Hérelle (coccobacillus acridiorum) pour la destruction des bandes de sauterelles pèlerines qui envahissent l’Algérie de manière régulière.
1921 Sergent et Béguet détectent l’agent causal du « bayoud » maladie du palmier de l’Oasis du Figuig.

Les frères Sergent, L. Parrot, A. Donatien et M Béguet font apparaître le rôle des phlébotomes, insectes piqueurs nocturnes dans la transmission de la leishmaniose cutanée, appelée aussi « bouton d’Orient ou clou de Biskra »

1922 Création d’un laboratoire saharien à Biskra.
1923 Ed. Sergent fonde la revue des « Archives de l’Institut Pasteur d’Algérie » qui succède aux « Archives des Instituts Pasteur d’Afrique du Nord »
De 1923 à 1961 L’I.P. a produit 3 656 000  doses de vaccins B.C.G.

Pendant la guerre 39-45 il fournissait les troupes alliées.

1927 La vocation de l’I.P. se concrétise par une démonstration pratique : Histoire d’un marais algérien.
1928 Vaccination antituberculeuse par le B.C.G. sur 20 000 sujets par H. Foley et L. Parrot, à Beni-Ounif de Figuig.
1930 Edmond Plantureux prépare un vaccin formolé contre la rage, destiné à la vaccination du chien avant morsure.
1935 La Société Des Nations fait appel à Ed. Sergent pour présider la Commission Mondiale du Paludisme.
1936 Etienne Sergent qui s’est attaché depuis 1932 à l’étude des scorpions sévissant en Algérie, met au point un sérum antiscorpionique.   (4000 cas sont ainsi soignés)
1943 L’I.P. a institué, avec un succès complet, les premières expériences qui aient été faites, dans le bassin méditerranéen,  sur l’action de la poudre DDT sur les poux.
1949 Démoustication systématique des habitations des Oasis de la région de Ouargla
1951-1952 Le chloriguane est remplacé par la nivaquine.

 

 

Nos sources :

Pour les frères Sergent : Archives Institut Pasteur

Pour Henry Foley : Paul Doury

L’œuvre de l’Institut Pasteur en Algérie par le Dr Edmond Sergent

www.pasteur-international.org

 

 

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